Dieudonné Essomba : « les Camerounais doivent donc se préparer à mener une vie misérable de ver de terre pendant 20 ans encore »


Pénurie du carburant ou l’image de ce qui nous attend.  Certains Camerounais ne comprennent pas ce qui se passe sur le carburant et la communication gouvernementale ne fait qu’aggraver la confusion. Les choses sont pourtant très simples. Le Gouvernement subventionne le carburant, ce n’est pas faux. Toutefois, cette subvention n’est pas un transfert de ressources venant d’autres secteurs visant à maintenir les prix à un niveau faible.

Non.  Il s’agit tout simplement d’une renonciation à des taxes que le Gouvernement aurait dû normalement prélever sur le secteur.  Par exemple, quand un Ministre dit que le Cameroun a payé des subventions de 300 milliards, il laisse véhiculer le message que la Direction Générale des Impôts aurait collecté l’argent auprès des entreprises pour payer le carburant, ce qui n’est pas vrai. Cela signifie tout simplement que les taxes qu’auraient de collecter l’Etat sur le carburant sont de 300 milliards.

C’est une sorte de manque à gagner et non un transfert de ressources collectées dans un autre secteur.  Des lors, les pénuries du carburant s’expliquent simplement :  il n’y a pas de devises… Et c’est ici que nous atteignons la plus terrible tragédie de notre gouvernance macroéconomique, à savoir l’incapacité des gestionnaires du pays à faire la différence entre le Franc CFA et les devises. Pour eux, le fait que nos banques soient surliquides en CFA et que l’Etat puisse avoir accès à cet argent à travers des emprunts obligataires est la preuve que le pays se porte bien. 

A l’instar de vrais Economistes nationaux qui sont malheureusement rares, je me suis battu pour qu’on sorte de cette gouvernance schizophrène, devant les moqueries des imposteurs de métier qui ont pris la décision économique en otage.

Nous sommes maintenant ou ? Avec une dette extérieure de 8000 milliards en devises, pour 2500 milliards de recettes qui plus est, grèvees de 1000 milliards d’un déficit commercial de plus en plus explosif, nous pouvons éviter un ajustement structurel en faisant quelle magie? Les réserves en devises sont pratiquement nulles, et nous n’avons plus rien pour acheter ne serait-ce que la carburant.  Et pour un modique montant de 49 milliards en devises, le FMI mène le Gouvernement par une laisse.

Et vous avez pu voir comment nos Ministres mendient les approbations des bureaucrates du FMI, avec la docilité d’un toutou qui mendie un regard amène de son maître, en frétillant la queue.  Aujourd’hui, le FMI a instruit le Gouvernement de mettre fin aux subventions du carburant. Comme je l’ai dit plus haut, le FMI demande que l’Etat préleve désormais les taxes auxquelles il renonçait jusque là. Le but n’est pas de renflouer les caisses de l’Etat, mais de lui remettre cet argent afin de rembourser la dette monstrueuse que le Cameroun doit aux étrangers

Je ris de ces petits rigolos qui vociférent partout que le Gouvernement ne peut pas. Est-ce que le Gouvernement va faire parce qu’il veut? Il fait l’idiot, le FMI ne donne plus aucun sous et nous nous retrouvons sans carburant du tout.  Vous croyez que la pénurie actuelle  est gratuite ? C’est bien ce qui nous attend si le Gouvernement fait le  fanfaron en refusant de suivre les terribles instructions de Maître FMI, huissier  de justice, commissaire priseur au niveau des pays mauvais payeurs.

Or, ce qui est important ici, ce sont plutôt les devises qui nous permettent d’acheter à l’extérieur et non le CFA. Car, même si par nature, le CFA peut être converti en Euro qui est une devise, cette conversion se limite au stock en devises qui est dans la BEAC. Des lors que les demandes de conversion du CFA débordent notre stock en devises, l’opération de conversion se transforme immédiatement en une dette extérieure.   Comme on peut donc le voir, la dette extérieure du Cameroun se constitue de deux manières.

  1. Soit de manière contractuelle, quand le Gouvernement va prendre l’argent en Chine pour construire un barrage. C’est la dette la plus visible, mais en réalité la moins dangereuse

2.Soit de manière fonctionnelle, à travers des déficits cumulés de la balance courante. Autrement dit, quand nous importons trop et nous exportons trop peu, car évidemment les autres pays ne sont pas nos esclaves pour nous donner leurs biens sans payer.

Un pays dont les dirigeants n’ont pas la claire maîtrise de ces notions est un pays perdu. Et c’est le cas du Cameroun. Comment a-t-on pu envisager un développement basé sur la dette contractuelle pour réaliser les Grands Projets sans bloquer la dette fonctionnelle alimentée par le déficit de la balance courante ? Et comment a-t-on pu croire à la durabilité d’un tel modèle de développement ?  C’était du pur suicide économique.

En définitive, c’est avant 2015 qu’il fallait nous écouter pour éviter la crise et prendre des mesures idoines. Maintenant, c’est tard, beaucoup trop tard pour éviter un sévère ajustement structurel. Les Camerounais doivent donc se préparer a mener une vie misérable de ver de terre pendant 20 ans encore. Contrairement à ce qu’ils croient, ils subiront l’augmentation des prix, la baisse des revenus et notamment des salaires publics, la compression des effectifs, la braderie des quelques entreprises d’Etat rescapées du premier ajustement, et enfin, de la dévaluation.

Il n’existe absolument rien qui peut nous éviter ce misérable destin. Et contrairement aux fanfaronnades, ils ne feront rien.

Dieudonné Essomba

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